ACTUALITÉSSOCIETE / FAITS DIVERS

Marché hebdomadaire de Dahra Djoloff : une aubaine pour les finances de la mairie

Chaque dimanche, Dahra Djoloff est le cœur battant du commerce pastoral sénégalais. Son marché hebdomadaire, véritable carrefour régional, attire des milliers d’éleveurs, de commerçants et d’acheteurs venus de tout le pays et même de la sous-région. Spécialisé dans le bétail, mais aussi ouvert aux céréales et produits de consommation, ce marché génère des transactions importantes et reste une aubaine pour les finances de la collectivité territoriale.

LINGUÈRE – Située dans le département de Linguère (région de Louga), à environ 265 kilomètres de Dakar, la ville de Dahra Djoloff s’anime, chaque dimanche, au rythme de son marché hebdomadaire. Spécialisé dans le bétail, mais aussi dans les céréales et autres produits de consommation, ce lieu de commerce est un carrefour incontournable pour les acteurs du pastoralisme.

Il est reconnu comme l’un des plus grands marchés à bétail de l’Afrique de l’Ouest. Les transactions atteignent des centaines de millions de FCfa, surtout en période de Tabaski où Dahra devient le centre de l’approvisionnement en moutons. Des acheteurs venus de Dakar, de la Mauritanie ou du Mali s’y pressent pour profiter de la diversité et de la qualité du bétail.

Au-delà des éleveurs et des commerçants, le marché profite à toute une chaîne d’acteurs : transporteurs, restaurateurs, artisans et prestataires de services. Il génère des revenus substantiels et contribue à la vitalité économique de la région.

Le plus important : le foirail, le marché, ainsi que les camionneurs apportent, tous les dimanches, des ressources importantes à la municipalité. Mamadou Gassama, surveillant-comptable à la mairie de Dahra, estime que les camionneurs qui desservent le marché hebdomadaire de bétail versent, chaque mois, environ deux millions de FCfa à la municipalité sous forme de taxe. Une ressource financière qui témoigne du poids économique du marché.

« Les camionneurs nous versent, chaque année, 24 millions de FCFA. C’est une importante ressource pour le budget communal », a-t-il assuré. M. Gassama fait aussi savoir qu’hormis ces taxes, d’autres ressources proviennent des hangars installés le long des allées.

Les boucheries, les dibiteries, les vendeurs de produits alimentaires, le foirail et d’autres ressources additionnelles permettent le développement d’une véritable économie locale. Pour mieux maîtriser la fiscalité, l’agent municipal sollicite une bonne organisation du lieu de commerce.

« Nous voulons que les autres secteurs du marché prennent exemple sur les camionneurs », a-t-il suggéré.

Toutefois, il a dénoncé la multiplication des marchés hebdomadaires dans le département de Linguère, voire dans la région de Louga même. Un fait qui, selon lui, occasionne des pertes de recettes pour la commune de Dahra Djoloff, qui gagne, en effet, 100 FCfa par tête pour les petits ruminants (chèvres et moutons) et 500 FCfa pour les bovins (taxes réclamées après la vente).

Source d’autonomisation des jeunes

Aujourd’hui, renseigne Mamadou Gassama, les commerçants paient, tous les mois, autour de 900 000 FCfa comme droits de marché. En cette période, précise-t-il, les recettes ont connu une baisse, car les transhumants sont retournés dans leurs zones rurales. Le surveillant-comptable estime que les gains sont plus importants pendant l’hivernage, période qui coïncide avec le retour des transhumants.

Le marché hebdomadaire constitue également un gagne-pain pour les porteurs de bagages comme Ibrahima Sow. Celui-ci avoue se retrouver, chaque dimanche, avec des ressources importantes. Originaire d’un village situé à une vingtaine de kilomètres de Dahra Djoloff, il y exerce le métier de portefaix depuis deux ans.

« Je gagne beaucoup d’argent les jours de marché », confie-t-il, un sourire aux lèvres. Ces ressources lui ont permis d’acheter deux chevaux et dix moutons. Le marché hebdomadaire de Dahra Djoloff, fait-il remarquer, « est une source d’autonomisation des jeunes et j’ai aussi payé, à travers mes activités, une charrette qui me permet de transporter les bêtes ».

Mamadou Kane, éleveur établi à Matam, vient, tous les dimanches, à Dahra pour vendre ses bœufs. À chaque déplacement, il se frotte les mains. « Les prix proposés sont souvent bons », avoue-t-il. Des services bancaires adaptés Pour sécuriser les transactions, la Banque agricole (Lba) ouvre même les dimanches.

Mawa Bâ, chef d’Agence de cet établissement financier, a affirmé que la banque met à la disposition des éleveurs des prêts spécialement dédiés à l’élevage et remboursables sur 12 mois. Cette initiative vise à renforcer la filière pastorale et à accompagner les acteurs.

Selon lui, ces crédits sont conçus pour répondre aux besoins spécifiques des éleveurs, généralement confrontés à des difficultés de trésorerie liées aux cycles de production animale. Chaque dimanche, les services bancaires sont ouverts. Ils permettent aux clients de faire leurs transactions en toute sécurité.

Abdou Sow, éleveur et vendeur de moutons, confie qu’il effectue ses versements chaque dimanche. Ce jour-là, les banques sont prises d’assaut par les éleveurs, commerçants et opérateurs économiques désireux de sécuriser leur cash. Malheureusement, se désole Abdou, les files d’attente sont intenables.

Des défis à relever

Malgré son dynamisme, le lieu de commerce fait face à de nombreux défis majeurs. Au-delà des infrastructures, le président du Foirail, El Hadji Kâ, a insisté sur la dimension sociale. Il estime que les commerçants, éleveurs et travailleurs du marché doivent bénéficier d’une couverture sanitaire adaptée.

Cependant, poursuit-il, l’implantation d’une mutuelle permettrait de faciliter l’accès aux soins, de réduire les coûts médicaux et de renforcer la résilience des acteurs face aux risques liés à leur activité. Par la même occasion, le premier responsable a évoqué la question de l’eau. Il souhaite que le foirail en soit fourni à suffisance. M. Kâ a aussi évoqué le besoin de hangars.

Pour lui, la mise en place de ces ouvrages permettrait non seulement de protéger les personnes et les animaux, mais de sécuriser aussi les échanges commerciaux. Il a, dès lors, invité les autorités administratives, les collectivités locales et les partenaires au développement à soutenir ce projet.

« L’investissement dans des hangars modernes serait un pas important vers la modernisation du marché hebdomadaire de Dahra Djoloff et la valorisation de la filière pastorale », assure El Hadji Kâ.

Par Abdoulaye SADIO (Correspondant)

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page